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Depuis déjà plusieurs années le sculpteur Alexandre Nicolas interroge le monde des supers héros, des icones populaires pour leur faire dire autre chose. Après ses célèbres séries de fœtus de Super Mario, Batman, Goldorak, Spiderman… qui lui ont donné une reconnaissance internationale. L’artiste confronte aujourd’hui des drôles d’embryons en cristal du sage Maître Yoda à de grandes effigies en bois du Prince du mal, Dark Vador.

La première impression que suscite cette forêt de grands totems confrontée à des « graines » vertes semble d’ordre écologique et fait songer à une allégorie sur la disparition de la nature transformée ici en emblème du mal. Mais derrière l’étonnement que provoque cette installation monumentale qui renvoie au monde halluciné de Star Wars, Alexandre Nicolas propose de son côté une réflexion pacifique sur l’équilibre du monde qui pourrait rappeler les principes de la doctrine taoïste incarnée dans la sagesse du maître des Jedi.

Le rapprochement entre des Princes Noirs, fétiches, amulettes, gris-gris de bois, longilignes robots fabriqués avec des artisans africains et des bébés porte-bonheurs, talismans, de cristal ultra sophistiqués à l’effigie de Yoda, propose d’équilibrer les tensions entre le bien et le mal, entre le noir et le blanc, entre le Nord et Sud… L’artiste, de façon parodique, nous invite à se remettre en phase avec l’authenticité de la nature, de la vie et de ses rythmes. Il nous convie à comprendre l’union des contraires qui sont par nature opposés mais indissociables, pour établir une relation saine et durable avec notre environnement.

Les métaphores et grilles de lectures que proposent les héros de Stars Wars permettent à Alexandre Nicolas de donner à voir le conflit permanent entre le bien et le mal. Dark Vador a d’abord été un homme des Lumières et de la civilisation. Puis déçu par l’incompétence de ses maîtres, il est attiré par le « côté obscur de la force », c’est-à-dire par le mal que chacun porte en lui.

Comme l’explique la psychanalyste Elizabeth Roudinesco, cette figure centrale de Vador, du père qui a engendré deux jumeaux voués à le détruire, renvoie évidemment aussi au mythe d‘Œdipe. Au moment où, presque vaincu par son propre fils, Dark Vador retourne sa puissance guerrière contre celui qui l’a asservi, il se dit toute l’histoire de la relation universelle de l’homme à l’inconscient, c’est-à-dire l’histoire du combat des Lumières contre la barbarie, un combat qui ne s’arrêtera jamais et qui est interne non seulement à la subjectivité humaine, mais aussi à celle des peuples.

En utilisant deux figures du Père, deux « totems » comme Vador et Maitre Yoda, Alexandre Nicolas s’amuse lui aussi à mettre sur le divan les héros de Star Wars afin qu’ils nous interrogent sur la destinée de notre univers et de l’humanité et qu’enfin s’équilibrent les forces destructrices pour se transformer en actions positives.



Renaud Faroux, historien d’art.